Tylenol et autisme : clarifions la science, soutenons les familles

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Récemment, beaucoup d’encre a coulé autour d’affirmations selon lesquelles la prise d’acétaminophène (Tylenolᴹᴰ) pendant la grossesse causerait l’autisme.
Ces propos ont suscité de nombreuses réactions, mais ils ne reflètent pas ce que dit la science.
De plus, ils détournent l’attention d’enjeux qui, à mon avis, sont bien plus importants.


Que dit la recherche ?

Je joins ma voix aux nombreuses sociétés savantes et équipes de recherche qui ont déjà clarifié ce sujet :

  • Grande étude suédoise (JAMA 2024, plus de 2 millions d’enfants)
    Aucune augmentation du risque d’autisme ou de TDAH chez les enfants exposés à l’acétaminophène pendant la grossesse.

  • Méta-analyse (BMC Environmental Health 2024)
    Une association statistique a été observée, mais sans preuve de lien causal.

  • Sociétés savantes (SDBP, SOGC, ACOG)
    L’acétaminophène demeure considéré sécuritaire lorsqu’il est utilisé comme recommandé.

En clair : il n’y a pas de lien causal démontré entre acétaminophène et autisme.


Ce que l’on oublie souvent dans ce débat

Ce qui me semble particulièrement dommage dans ce type de discours, c’est qu’il risque de toucher directement les familles.
Recevoir un diagnostic d’autisme pour son enfant amène inévitablement son lot de questionnements, et beaucoup de parents se demandent : « Est-ce que j’aurais pu faire quelque chose pour l’éviter ? »

La réalité, c’est que :

  • L’autisme est une condition multifactorielle — des facteurs génétiques et environnementaux interagissent, mais il n’y a pas de cause unique.
  • Chercher un coupable à tout prix ne fait que nourrir une culpabilité inutile chez les parents.
  • Pire encore, ces discours risquent de présenter les enfants autistes comme porteurs d’un « défaut » ou d’une « maladie » à éradiquer, ce qui est profondément stigmatisant.

Mettre les besoins des familles et des enfants à l’avant-plan

Le trouble du spectre de l’autisme (TSA) est une condition neurodéveloppementale complexe.
Il représente des enfants, des adolescents et des adultes avec des forces, des qualités, mais aussi des difficultés bien réelles.

Ces enfants et leurs familles vivent déjà des vulnérabilités et des défis quotidiens. Plutôt que de rajouter une couche de peur ou de culpabilité, concentrons-nous sur ce qui compte : offrir du soutien, des services adaptés et de la compréhension.

C’est là-dessus que nous devons mettre notre énergie.


À retenir

  • Pas de lien de cause à effet démontré entre acétaminophène et autisme.
  • L’autisme est un trouble multifactoriel, sans cause unique.
  • Le plus important : soutenir les enfants et leurs familles, plutôt que de chercher un coupable.

Références

  1. Society for Developmental and Behavioral Pediatrics (SDBP). Statement on recent autism claims. 2025.
  2. Ahlqvist VH, Sjöqvist H, Dalman C, et al. Acetaminophen Use During Pregnancy and Children’s Risk of Autism, ADHD, and Intellectual Disability. JAMA. 2024;331(14):1205–1214. doi:10.1001/jama.2024.3172
  3. Prada D, Ritz B, Bauer AZ, et al. Evaluation of the evidence on acetaminophen use and neurodevelopmental disorders using the Navigation Guide methodology. Environ Health. 2025;24:56. doi:10.1186/s12940-025-01208-0
  4. Hutson J.R., Smith G.N., Codsi E., Garcia-Bournissen F. SOGC Position Statement on the use of Acetaminophen for Analgesia and Fever in Pregnancy. J Obstet Gynaecol Can. 2025.